E - Notre vie à Ben S'Rour

Entrée du camp

Composition de la Compagnie

La compagnie comprends 3 sections et l'intendance en plus ( fourrier, cuisiniers, radio, secrétaire) soit une centaine d'hommes. Elle est commandée par le lieutenant MARIEY,  un ancien d'Indochine, crapahuteur dans l'âme, mais qui commence à bedonner. Pour son autorité, il lui faut régulièrement pousser sa gueulante, mais au fond c'est un brave homme

    lieutenant Mariey dit familièrement "Nounours" ( photo 1960 à Ben S'Rour)

 

Notre chef de section le Chef Décelas, un Charentais, quelques années de plus que nous ( 26 ans), qui se laisse vivre mais sait se faire respecter. Il défend toujours sa section et se fait donc apprécier de ses hommes !

                 Chef de la 2ème section Pierre Décelas

Ratissages


Chaque semaine, un ratissage est organisé dans la région. Cette opération avait pour but de montrer notre présence sur le terrain, de contrôler les identités, de rechercher des caches éventuelles d'armes ou de munition ( d'où les fouilles des mechta et raîma) et de se renseigner sur les passages de fellagas.

Ici pendant la fouille des tentes ; les femmes et les enfants sont rassemblés.

 

Le 28 septembre 1958, une de nos premières activités fût d'amener le plus possible d' hommes pour le vote du référendum  demandé par De Gaulle : " Etes-vous pour la constitution de la 5ème République " OUI ou NON. "

Nous partons avec nos GMC et amenons au village le plus d'hommes adultes possibles, d'où le vote massif en Algérie.

Constructions
 

Les jours ordinaires, Pour occuper ceux qui ne sont pas de garde ou en protection de la route, le Lieutenant Mariey essaie de récupérer quelques sacs de ciment et nous fait construire les murettes autour du camp. Nous construirons aussi une soute à munitions enterrée, une grande réserve d'eau qui nous servira de piscine, etc...
Le sable nous le récupérons dans le lit d'un oued, les pierres à flanc de colline.

Surveillance du marché
 

Le jeudi une section était chargée de la garde du marché, nous pouvions ainsi essayer les différents moyens de transport tout terrain.
 

 Surveillance au marché avec Schmit

Patrouilles de nuit

Régulièrement, presque chaque semaine, une patrouille de nuit est organisée par chaque section à tour de rôle. Une douzaine de gars avec un officier ou un chef de section partent en file indienne parcourir une dizaine de kilomètres puisque les fellaghas posent leurs mines la nuit, qu'ils se déplacent et qu'ils visitent les khaïmas, en se ravitaillant la nuit. Mais, pour nous, c’est alors des nuits de stress !

Protection Chantier Public

La construction de la route Bou-Saada vers Tolga : route goudronnée avec construction de ponts à chaque oued traversé demande beaucoup de main d'oeuvre et du gros matériel ; nous sommes chargés de la protection des travaux. La route est souvent coupée la nuit par les FLN, le matériel est saboté, les ponts minés. 
Chaque semaine à tour de rôle une section sur les trois est chargée de prendre poste dans des miradors le long de la route.
 

A cette garde, l'été il peut y faire très chaud et l'hiver sur le haut du piton l'attente peut être glaciale et bien longue ! la djellaba et le foulard ne sont pas en trop !

 

Les Gardes

 Autre mission qui nous a été demandée à certaines périodes, celle de monter la garde sur le toit de la gendarmerie : superbe mirador sur tout le village et ses alentours. Cela se traduisait par de longues heures d'ennui, bien solitaire, seul sur ce bâtiment.

 Garde-sur-le-toit-de-la-gendarmerie.jpg

( photo B. Verger )
Bernard verger, de garde sur le toit de la gendarmerie.

Mais évidemment, pour la sûreté du camp, le plus important restait la garde du site.

- Garde de jour : 6 hommes en armes plus le chef de poste. Ces soldat commencent leur journée par la montée des couleurs puis vient la relève de la garde de nuit. Ensuite c'est le contrôle de l’entrée du camp et du passage des convois avec celui des camions civils et de leur charge à la recherche d'armes et de munitions. Dans le mirador d'entrée se trouve une mitrailleuse de 12,7. Un homme y est en permanence et contrôle les environs, ayant une paire de jumelles à sa disposition.

- Garde de nuit : Le chef de poste dispose de 8 hommes, 2 par mirador aux 4 coins du camp. Chaque mirador est équipé d’un projecteur sur batterie et d'un téléphone relié au poste de garde. Chaque sentinelle veille deux heures de suite puis est relevé par son collègue qui dort tout habillé, pataugas aux pieds, prêt à intervenir. Plusieurs rondes de nuit sont effectuées par le chef de poste ou l'officier de quart : c'est du sérieux et il n'est pas question de s'endormir car toute la sécurité du camp en dépend ! Deux ou trois fois par an , il y a eu des attaques ennemies ! toujours rejetées !
Ces gardes de nuit ont été spécialement pénibles les jours d'hiver ou de mauvais temps, pluie ou brouillard, et de tempête, chaque bruit devenant suspect ! A certaines périodes quand une section est en opération, le tour de garde pouvait revenir alors toutes les deux nuits. Les gardes de minuit à deux heures comme de deux à quatre heures, quand le sommeil vous emporte, sont usantes physiquement et psychologiquement. Si le chef de poste était sympa, vous pouviez lui réclamer un café, très utile quand le temps est glacial ou que le moral est atteint.

 

Ravitaillement en bois de chauffage

 

 

 

 

 

 

Au début décembre, l'expédition bois était organisée ; nous partions en force à la lisière d'une forêt et tous les bras valides armés de hache ou de scies remplissaient trois camions de bois pour alimenter nos poêles à bois pour l'hiver : chaque section avait ainsi sa réserve.

Ravitaillement au Bordj de l'Agha

Tous les mercredis,il faut aussi aller au P.C. ( Borg de l'Agha ) chercher le courrier ainsi que le ravitaillement qui arrive la-bas par avion : un Nord-Atlas du moins quand la piste est assez sèche. C'est toujours un moment attendu malgré les 2 h. de piste : il y a le courrier et même parfois les perms ! cela m'arrivera 2 fois de le prendre.
 

Autres surveillances

Une autorité est de passage, vite une sentinelle est envoyée garder l'hélicoptère !

Ou bien ! c'est un T6 sur la piste d'atterrissage qu'il faut aller garder pendant que le pilote se rend au mess où les officiers l'attendent !
 

14 Juillet

Prise d'arme avec présence des autorités civiles

Qui sera suivi du méchoui organisé par la SAS.14 juillet, 1er de l 'an ou fin du ramadan, quelques bonnes bouffes essayaient de faire oublier les boites de ration ou les miches de pain de 15 jours !


Ici le méchoui de la SAS

 

Surveillance sur le Point Haut

Autre activité : 3 semaines, détaché avec notre section au point haut dans le Bou Kahil sur un piton pour garder une antenne de transmission pour tout le secteur, RAS.

 

 

3 semaines de ration, pour la ligne, c'est pas mal !

3 semaines à dormir à la dure et monter la garde  

3 semaines aussi pour un essai : le temps de laisser pousser un semblant de bouc ! Que ça gratte, quel plaisir de s 'en défaire au retour à la compagnie.
 

 

Le Foyer

Point très important pour le moral des troupes, le bar n'était ouvert que pendant les moments de repos. Il y était vendu quelques éléments pour la vie ordinaire : savon, cigarette, crayons, papiers,enveloppes, etc... et surtout des boissons : bières et jus de fruit, c'est ce qui avait le plus de succès.

 

L'amitié

C'est ce qui restera de meilleur pour toute cette période de notre vie. Combien d'heures passées ensemble à discuter, à rire, jouer aux cartes... et aussi à en baver ensemble, s'encourager, se soutenir...combien de bières et de cafés !!!!

 

L'amitié : il y aurait tellement à dire sur ce sujet !
 

 

Rédigé par aecobois