Une lettre à la famille

Publié le 4 Avril 2009

Lors de mon séjour , deux mois après mon arrivée en Algérie, j’écrivais à ma sœur  et son mari. Cette lettre, Il y a quelques temps , elle me l'a remise . 52 ans plus tard cela fait tout drôle de la relire; Je suis surpris de mes réactions,  mais tout était si nouveau pour nous, y compris le comportement de l'armée , ce qui nous posait bien des questions vis à vis de la population.Nous étions tellement décontenancés devant la pauvreté des habitants et leur mode de vie: c'était réellement un autre monde qu'il nous était donné de découvrir ! 

  

En voici la teneur : c’était mes premières impressions et mes premières découvertes !

 

 

Ben S’Rour le 7/10/1958

 

Cher Joseph, chère Renée,

 

… Nous avons donc recommencé nos classes, mais de ce coup-ci en terre africaine. Aujourd’hui, nous avons fait une sortie en plein djébel: je vous assure que ça grimpe bien surtout qu’aujourd’hui c’était moi qui portait le Fusil Mitrailleur. Et ma foi, on n’est pas si fier que cela lorsqu’on arrive près du sommet. Heureusement il n'y avait pas de soleil car nous avons fait une bonne petite trotte. Et même au sommet il ne faisait pas chaud car un vent très fort s’était levé, il devait approcher le 100 à l’heure et les quelques gouttes de pluie qui nous tombaient sur la figure nous faisaient mal comme de la grêle.

 

 Nous étions en zone interdite à la population autochtone : tous les jeunes gens et hommes que nous avons rencontrés, nous les avons emmenés comme suspects et un parmi eux a été chargé de notre poste radio ce qui a bien soulagé le collègue qui le portait.

Ce sont des nomades qui mènent leurs troupeaux dans ces régions des hauts-plateaux . Sous les tentes tous les hommes étaient disparus alors on a emmené une dizaine de moutons : si le propriétaire les veut, il faudra qu’il vienne les chercher au camp avec des papiers en règle : l’armée n’y va pas par 4 chemins !..

 

Mais avec les moutons a commencé la course, car ce sont des bêtes habituées au dur et surtout à la course et nous n’étions pas de trop pour les arrêter.  Moi avec mon F.M.j’étais heureusement dispensé de courir. Mais cela ne doit pas être très drôle pour les familles… enfin ils le voulaient bien, ils étaient en zone interdite ! … Peut-être bientôt mangerons-nous du mouton !...

 

 

Mouton-dans-un-enclos-.jpg

  troupeau dans un parc tout près de la Raïma

  ( photo B. Verger )

Hier, c’était le marché à Ben S’Rour.

Dès le matin on a vu les gens arriver de tous les coins de la montagne et du plateau. Les uns venaient au petit trop sur leur âne… Quelquefois 2 grimpés sur un bourricot grand comme une chèvre, ces animaux sont d’une résistance incroyable… d’autres fois le garçon, le père et le grand-père arrivaient avec 2 ou 3 ânes chargés… d’autres sur leurs grands dromadaires: pour descendre ou pour monter dessus, pas compliqué : le chameau se couche, et hop ! sur la " conduite intérieure " … et aussi les gens qui arrivent à pied avec leurs troupeaux de moutons. On se demande d’où ça sort dans un pays où on ne voit personne !

 

jour-de-marche.jpg

 

 ( photo B. Verger )

 

 

Ben-S-Rour-la-place-du-marche.jpg

 

Le midi, nous avons été faire un tour au marché.

Les bêtes à vendre sont dans des cours intérieures… et je vous assure qu’ils sont commerçants les bougres ! Sur la place : légumes, fruits, étoffe tout est à terre et on soupèse et on regarde et on retourne dans ses mains et on discute…

Il y avait aussi des charrues en bois à vendre : si Joseph a envie d’une charrue qu’il vienne par ici, elle ne lui coûtera pas cher, juste une plaque de fer sous le soc en bois et un " pion " à sabot par dessus pour le retenir !

De la laine à vendre en paquet, des tapis, etc… Mais ce qui nous intéressait le plus : des dattes et des bonnes, des fraîches et surtout pas chères : 30 ou 35 francs la livre.

Et la tasse de café dans les bistrots vaut ici 5 francs. Il n’est pas toujours excellent mais il lui arrive aussi d’être très bon.

….

 

 

 

 

Rédigé par aecobois

Publié dans #Algérie

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