Ma vision des Hauts-Plateaux présaharien

Quelques notes sur un cahier

 

A 1 mois de la quille, je m'étais amusé à griffonner quelques notes sur un petit cahier. Moi qui aimais bien la géographie et l'ethnologie je m'étais livré à ce petit exercice avant de quitter l'Algérie qui m'avais séduite quelque part ! J'avais sans doute peur inconsciemment d'en perdre " la substantifique moëlle " . C'est sans aucune prétention, car il faudrait être scientifique, écrivain et poète pour réaliser ce que j'aurais aimé faire et là je suis " brut de coffrage" il y aurait trop à faire ! ! ! De plus ce cahier a été écrit sur les genoux, assis au bord du lit , alors excuse l'écriture ; j'aurai pu le réécrire à l'ordinateur mais scanné c'est plus authentique !

 

 

 

 

 Mémoire 1

 Mémoire 2

 

 Mémoire 3

 Mémoire 4

 

 

 

 

 

 en voici la traduction :

 

 

 

 

Le 16 juillet 1960

 

A 1 mois de la quille, je voudrais écrire un genre de petit rapport sur ce que j’ai pu voir et retenir en Algérie.

 

 

 

 

 

Géographie  

 

 

 

Secteur de Blida

 

 

 

Mitidja : riche plaine de céréales, orangeraies, vignes et vergers.

 

 

Secteur de Dellys

 

Kabylie. Pays vallonné, montagneux. Certains terrains recouverts de taillis épais et de forêts.

 

Ce qui est cultivé : blé, vergers, orangeraies dans les plaines et les vallées.

 

Climat doux, tempéré par la mer.

 

 

Hauts-plateaux :

 

Massifs montagneux entrecoupés de plateaux ( de 500 à 700 m. de hauteur)

 

Parfois des chaînes, d’autrefois des massifs. Quelquefois boisés, d’ autres fois recouverts d’alfa. Paysage assez désolé, caractéristique de pitons coupés de falaises variant entre 900 et 1620 m. dans le secteur de Bou Saada.

 

Les plateaux sont traversés d’oueds, où l’eau ne coule que lors des orages et se dessèchent le jour-même.

Ils se perdent dans la plaine ou se jettent dans les cotts. Lit rocailleux.

 

Sur ces hauts-plateaux le pays est rude. En généralassez sec, la pluie est souvent orageuse.

 

 

 

 

 

 

AGRICULTURE

 

 

 

. Des forêts

 

non rentables sauf pour le chauffage et des poutres du pays, grossières.

 

Ils en tirent du goudron de bois pour imperméabiliser les outres de peaux

 

Et aussi du charbon de bois

•Le reste du pays :

( plateaux, collines, petites chaînes) est recouvert d’alfa,non utilisé sauf aux besoins domestiques : cordes très serrées, paniers, couches.

•L’essentiel reste l’élevage :

 

moutons et chèvres. Des troupeaux importants de chameaux, des chevaux arabes et quelques vaches très rares.

•Des petites palmeraies :

quelques arbres fruitiers : grenadiers, figuiers, pêchers, abricotiers, palmiers ( dattes sèches) ; à l’ombre de ces arbres, ils cultivent : oignons, piments, patates.

•Dans le fond des plaines

, à proximité des petits oueds pour recueillir l’humidité des pluies d’orage, ils cultivent du blé, orge, avoine. La charrue en bois est tractée par un chameau, un cheval ou un âne.

 

 

La récolte, peu abondante : blé très court et clairsemé est moissonné à la faucille par les hommes , en famille.

 

Le battage est fait sur une aire sur laquelle tournent 2 chevaux ou bourriquots attachés à un pique central ; avec une fourche en bois, ils vannent blé et paille

 

Il semble qu’il y aurait possibilité

 

 

- soit de jardins

 

- soit cultures céréales plus intensive . Ces possibilités sont en fonction

 

* de l’irrigation : certains coins ( Ben S’Rour, Bou Mellal, Sidi Oma etc…) ont de l’eau de source en suffisance

* de la nature du terrain ( plat ou vallonné, les sommets des petites collines même est inexploitable

actuellement de plus il y a le sel de certains terrains.

* Dépend aussi de l’outillage inexistant actuellement. Des engins motorisés seraient

la bienvenue dans ces horizons sans fin.

* Dépend d’un personnel compétent.

 

 

 

 

Habitants des Hauts Plateaux

 

 

 

 

 

Ici je rentre dans un domaine que je connais très peu. Ce que je peux en dire reste donc très relatif.

•beaucoup de jeunes de 17 à 25 ans sont absents de la population actuellement pris dans l’armée Fell ou dans l’armée française.

 

 

Il en reste une population très prolifique .

•Il semble que ce soit une population très joyeuse qui aime rire, aime les fêtes, les marchés et tout ce qui est rassemblement.

•Ils aiment discuter entre eux. Ils doivent porter avec eux une civilisation très riche d’histoire, de contes, de faits de grands personnages de chez eux.

 

Sous-alimentés, ils semblent ne pas être des travailleurs assidus comme le sont les Français par exemple. Ils sont plutôt des marcheurs : bergers, nomades, commerce. Ils ne connaissent que très peu l’agriculture ( quelques petites oasis et blé)

 

Pendant la saison du blé, malgré la chaleur, ils travaillent toute la journée preque sans repos, prenant le repas sur place. J’ai vu des ouvriers dans une entreprise de maçonnerie ( construction de ponts ) travailler sans interruption, sans boire, sans manger de 8H. du matin à 17 heure pendant le ramadan.

 

 

Habitat

 

 

. Les sédentaires habitent des maisons à 2 ou 3 pièces enfermées au fond d’une cour. Ce sont des maisons en terre ( avec des briques de terre ) ou de pierre et de terre, avec des toits plats recouverts de terre glaise.

 

Les nomades vivent dans des " Raïmas " : Tente ouverte à tous les vents, non imperméable où petites bêtes et hommes s’abritent et dorment.

Ces tentes confectionnés avec des tapis faits par eux avec de la laine de mouton en teinte noire et blanche, jaunâtre parfois.

 

L’Enfant est très aimé, il est élevé au grand air et dès qu’il peut marcher il va garder les moutons autour de la demeure. Beaucoup meurent en bas âge : maladie, sous-alimentation, manque d’hygiène.

 

L’ arabe semble très fataliste sur cette question là : Inch Allah !

 

La femme des sédentaires vit enfermée dans sa cour et n’en sort que très rarement … presque jamais. Dans les raïmas, elles semblent plus habituées à sortir, elles se rendent visite souvent d’ une raïma à l’ autre.

 

 

Avec cette guerre, les habitants obligés de coopérer des deux côtés sont pris entre deux feux. Aussi attendent-ils le jour où tout leur sera pris, même leur vie, soit par un côté où par l’autre. Ils essaient de ménager le chou et la chèvre et de pouvoir passer entre les deux aux moindres frais. Tout ceci ne l’encourage pas à travailler puisque tout est actuellement si aléatoire.

Pour ce qui est des pieds-noirs je ne puis en parler n’ayant pas eu suffisamment de contact avec eux. Ce que je puis dire simplement, tous, même les petits fonctionnaires, pensent rester ici mais sont très inquiets sur l’avenir, pour eux, pour leur famille !